file Lecture pirates: Vivre à l'ombre du Pavillon noir au 16eme siècles

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il y a 3 mois 3 jours - il y a 3 mois 3 jours #241 par psysay
Vivre à l'ombre du Pavillon Noir
LES VALEURS PIRATES

Volontiers violents, impies et destructeurs, les pirates n’ont pas attendu le vent de la révolution pour adopter des règles de vie basées sur le respect de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. L’observation de ces règles, qui se substituent à la discipline de fer de la marine royale, favorise la cohésion de la communauté pirate.

LA LIBERTÉ

La liberté, droit inviolable et essentiel de tout aventurier, constitue son bien le plus précieux. Les pirates y sont d’autant plus attachés que la société qu’ils ont quittée était incapable de la leur offrir. Ils sont prêts à affronter les persécutions et la menace omniprésente de la corde pour la conserver. Chacun reste libre de quitter l’équipage s’il n’accepte pas la chasse-partie. Par contre, celui qui reste doit la respecter à la lettre et se montrer intraitable envers ceux qui la violent. La loi ne restreint pas la liberté, elle en est le garant inaliénable.

Les pirates exècrent les puissants qui exploitent le peuple en le condamnant à la misère et méprisent les hommes qui se résignent à rester leurs esclaves. La plupart des pirates ont souffert à bord des navires de guerre et des navires marchands. Aussi, lorsqu’un capitaine pirate a la tentation de s’arroger des privilèges, ses hommes le punissent sans pitié.

L’AUTORITÉ

Le respect du principe de liberté n’exclut pas le devoir d’obéissance à un supérieur. Le pirate n’obéira qu’au chef qu’il s’est choisi. Il lui voue une loyauté indéfectible tant qu’il mérite sa confiance. Les pirates qui ne se plient pas à la volonté de leur chef sont considérés comme des traîtres : accepter la loi dans son principe sans l’appliquer à soi-même, c’est briser le lien qui unit l’équipage. En outre, l’obéissance totale est indispensable à la survie du navire. Le marin qui ignore un ordre du capitaine ou du second dans un moment critique — combat naval, bataille, fuite ou tempête —, est puni de mort. Un ordre ne peut être remis en cause qu’une fois les périls écartés, lors d’une assemblée. Libre alors aux pirates de changer de capitaine si ce dernier est jugé tyrannique, faible ou incompétent.

Le pirate accorde à son capitaine le droit de le tuer s’il faiblit au combat mais cette règle est réciproque. Pour asseoir son autorité lorsque le temps presse, le capitaine pirate peut faire usage de la violence sans faire appel au système judiciaire. L’arbitraire d’un tel acte peut lui coûter cher s’il est jugé injustifié. S’il est au contraire approuvé par l’équipage, il ne fait qu’accroître son prestige. Si les pirates restent très légalistes, ils admettent la loi du plus fort lorsqu’elle est mise au service du groupe. L’établissement de la hiérarchie se fait naturellement et sans violence, chacun s’inclinant devant plus puissant que lui.

Le respect de la loi choisie par le groupe renforce la confiance de chacun en la communauté. L’autorité obtenue par le vote est une preuve en soi de la qualité du chef et de sa supériorité sur chacun de ses hommes. Réussites et échecs du groupe lui sont imputés. L’autorité naît d’un accord tacite entre l’homme et son chef. Pour le pirate, l’autorité arbitraire est tyrannique par essence. Ceux qui la représentent, les aristocrates et les chefs militaires, sont honnis. Lorsque des pirates prennent un navire, ils commencent par effectuer le procès des officiers de commandement par leurs propres subordonnés. Les accusés peuvent s’attendre à une mort douloureuse même si chacun conserve une chance d’en réchapper car les pirates épargnent ceux qui ont dirigé leur équipage avec humanité et équité. La violence qui sévit à bord des navires, particulièrement sur les navires anglais, apporte aux équipages pirates de nombreuses recrues, mutins ou déserteurs.

Les pirates admirent un capitaine non pirate qui répond à leur idéal du chef. Leur attitude à son égard est plus respectueuse encore qu’envers leur propre capitaine. Dans leur esprit, il s’est montré héroïque en parvenant à se montrer juste dans une société qui favorise la violence arbitraire et l’injustice. Avant de se faire pirate, Bartholomew Roberts était un second juste et humain. Les pirates qui ont pris son navire l’élisent capitaine à la mort de Davis. Le marin choisi n’a pas la possibilité de se désister, même si le cas de Roberts, qui n’a jamais exprimé le désir d’entrer en piraterie, reste particulier. Ceci explique sans doute que ce capitaine ait pu se tenir à l’écart des beuveries et manifester sa préférence pour la musique de chambre sans subir l’opprobre générale !

L’ÉGALITÉ

À bord d’un navire pirate, les privilèges sont abolis. Capitaine et simple matelot sont simplement placés à deux postes différents en termes de compétence et de prestige. Si le capitaine tente de s’arroger des droits particuliers — ordinaire amélioré, cabine personnelle ou règles contraires au règlement général —, il encourt un châtiment exemplaire : la pendaison, ni plus, ni moins. Si un membre d’équipage estime que le lit ou l’écuelle de son voisin sont de meilleure qualité que les siens, il a parfaitement le droit de procéder à un échange sans que nul ne puisse rien objecter, même s’il s’agit des biens du capitaine.

Les inégalités de la société sont insupportables pour les pirates, qui refusent les privilèges de naissance et vouent une haine profonde aux nobles comme aux ecclésiastiques. Le principe d’égalité permet d’offrir des chances égales à chacun. Il est dès lors nécessaire de faire ses preuves pour être promu à un poste de responsabilité par une décision de l’assemblée, sans qu’aucun préjugé ne puisse interférer. Ainsi, un pirate d’origine noble pourra obtenir le respect de ses pairs en se portant volontaire pour les corvées. Il n’aura ni plus ni moins de chances de progresser dans la hiérarchie qu’un matelot d’origine paysanne mais il devra se défaire de certaines attitudes aristocratiques.

LA SOLIDARITÉ

Pour sauver un des siens, un groupe de forbans est prêt à sacrifier cent de ses hommes. On ne pleure pas un frère mort au combat mais on ne peut tolérer l’abandon d’un homme prisonnier ou condamné à la pendaison, que ce soit pour vol, viol ou meurtre. C’est là un signe de lâcheté qui poursuivra ses auteurs jusqu’au trépas. Quels que soient les risques encourus, les pirates font payer chèrement toute « injustice » commise à l’égard d’un de leurs compagnons. Cette solidarité est connue de leurs adversaires, qui savent que la moindre escarmouche, même à cent contre un, peut leur coûter très cher.

Lorsqu’un équipage choisit d’étendre sa solidarité aux autres forbans, les représailles peuvent atteindre une ampleur propre à terroriser plus d’un gouverneur. Une ville où des pirates ont été pendus peut s’attendre à voir tous ses navires attaqués et brûlés, leurs hommes d’équipage torturés et mis à mort sans autre forme de procès. Beaucoup de pirates se sentent solidaires des opprimés, comme les Indiens du Nouveau Monde, que les Espagnols puis les Anglais ont exterminés ou réduits à l’esclavage. Monbars, dit « l’Exterminateur », ayant appris à l’université que les Espagnols sont à l’origine de la disparition de peuples entiers, voue une haine indicible à ces tortionnaires sans en avoir jamais rencontré. Cet « humanisme » s’étend pourtant rarement aux esclaves d’Afrique noire, qu’ils peuvent vendre ou acheter sans le moindre état d’âme.

La fraternité pirate est ouverte à tous ceux qui acceptent son mode de vie. Si le recrutement de force, imposé par la nécessité, est monnaie courante, jamais un aspirant forban ne sera éconduit, à moins qu’il n’ait été banni par le passé. Cette fraternité rejette ceux qui acceptent sans broncher le joug de l’oppression. Aux yeux des pirates, les esclaves des nobles et du clergé ne valent guère mieux que leurs maîtres.
LE VOLONTARIAT

Lorsqu’une tâche réclame des hommes pour être menée à bien, le quartier-maître exige des volontaires. Quels que soient l’ampleur, la difficulté et le danger encourus, ces derniers ne manquent pas. Le volontariat revêt une importance particulière dans le déroulement de la vie à bord. Le prestige de chacun dépend autant de sa compétence que de sa motivation à servir le groupe. Les membres d’équipage qui se portent régulièrement volontaires jouissent d’une grande popularité. Ils décrochent plus facilement des postes à responsabilité car ils ont su gagner la confiance de leurs compagnons.

Si les volontaires viennent à manquer, ce qui n’est pas rare lorsque l’équipage est rationné et bougon, le quartier-maître désigne des hommes qui doivent se conformer à son choix. Tous refus d’obéissance, s’il n’entraîne pas de sanctions, suscite la méfiance des matelots et entraîne inévitablement une perte de prestige. Lorsque les volontaires sont trop nombreux, ils peuvent se désister ou laisser le quartier-maître choisir les plus motivés et les plus compétents pour accomplir la tâche requise.

Le volontariat respecte scrupuleusement la liberté de chacun et encourage l’équipage à prendre en main son avenir. Il élimine le poids des corvées, faisant d’une tâche aussi modeste que le nettoyage du pont une activité tout à fait respectable.

LA VENGEANCE

« Low mit à la question plusieurs membres de l’équipage et finit par obtenir l’aveu que le capitaine, au cours de la poursuite, avait suspendu au hublot de sa cabine un sac contenant onze mille moïdores, mais qu’il l’avait jeté à l’eau au moment de se rendre. Écumant de rage, sacrant et tonnant, Low fit couper les lèvres du capitaine, les fit rôtir devant le malheureux, que pour finir il tua de ses mains. Puis l’équipage tout entier, soit trente-deux hommes, fut passé au fi l de l’épée. » Daniel DEFOE, Les Chemins de Fortune.

Les pirates ont la rancune tenace. Cette vengeance peut avoir une cause insignifiante et s’achever par un massacre. Lorsque ces pirates ont à se plaindre des habitants d’une cité, qui par exemple n’ont pas jugé bon de les héberger, ces derniers n’ont guère intérêt à croiser leur route. Si un Espagnol les trahit, tous les Espagnols seront dès lors jugés coupables. Cette justice expéditive accroît sans cesse les motifs de vengeance.

Les situations pouvant entraîner la vengeance des pirates sont innombrables. Toutefois, certains motifs semblent avoir donné lieu à de terribles représailles à de nombreuses reprises :

-Résistance de la proie. Pour un pirate, une bonne proie doit se rendre au premier coup de canon ou à la simple vue du pavillon noir. Un navire marchand transportant un équipage aguerri et un capitaine obstiné est à même de leur infliger des dommages et des pertes importantes. Mieux vaut alors que la proie rétive se tienne à distance jusqu’à la nuit afin de pouvoir s’enfuir sans faire face à la fureur des pirates. Ces débordements coûtent fréquemment la vie de tout l’équipage capturé. Si tous les navires d’un même pays résistent systématiquement à la capture, la seule mention de cette nation fera enrager les pirates. Cependant, l’admiration portée par les pirates aux qualités nautiques des marins tempère parfois leur colère et prévient une répression trop sanglante.

-Pendaison de pirates. Les villes qui pendent les pirates n’attirent pas leur sympathie. Néanmoins, il leur est tout de même diffi cile de rassembler assez d’hommes pour assaillir la ville. Aussi les pirates concentrent-ils leur ressentiment sur tout navire en relation plus ou moins directe avec leur ennemi : qu’il soit originaire de cette cité, qu’il l’ait choisie pour port d’attache ou d’escale lors de transports commerciaux vers l’Europe, le navire sera brûlé. Lorsqu’une ville entame le procès d’un équipage pirate, un autre équipage fait parfois pression sur le gouverneur en promettant une invasion sanglante à moins que les prisonniers ne soient relâchés. En règle générale, le gouverneur préférera ignorer la menace pour ne pas affronter le discrédit. Si plusieurs pirates d’envergure — Jennings, Hornigold, Cockram ou Edward Teach — s’associent pour brandir une telle menace, ils peuvent obtenir gain de cause. La ville, discréditée par l’attitude de son gouverneur, ne pourra plus jamais abriter de tribunal pour pirates. Une aubaine pour les forbans !

-Refus d’approvisionnement. Lorsqu’ils se ravitaillent dans un port, les pirates proposent au gouverneur de la place d’acheter leur cargaison à des prix défi ant toute concurrence. Un gouverneur pragmatique s’empressera d’accepter une telle offre. Mais il arrive que les aventuriers essuient un refus, parfois accompagné d’insultes et de menaces. Les pirates n’ont alors que l’embarras du choix pour les mesures de rétorsion : prise d’assaut de la ville suivie d’un pillage en règle, attaque systématique des navires associés à cette ville, mise en place d’un blocus total… De quoi faire revenir le gouverneur à la raison !

-Traîtrise d’un gouverneur. Les gouverneurs ne sont pas tenus de rester fidèles à une promesse faite aux pirates. Le gouverneur qui se permet de trahir un tel accord est généralement bien défendu. Les pirates doivent donc user de méthodes astucieuses pour mettre en œuvre leur vengeance, s’attaquant aux proches de leur débiteur. Même s’ils n’ont nul besoin de haïr pour torturer, la haine peut leur rendre la tâche plus divertissante. Plus la torture mettra l’ennemi à mal, plus ils dégusteront leur vengeance. Sachez toutefois que la vie des pirates ne tient qu’à un fi l lorsqu’ils rendent visite à un gouverneur pour parler affaire. Dès que celui-ci ne verra plus d’intérêt à les laisser en vie, il n’hésitera pas à les faire pendre ou à leur tendre une embuscade.

-Affrètement d’un chasseur de pirates. Lorsqu’un corsaire pourchasse un pirate pour le compte d’une ville, il bénéfi cie de l’effet de surprise et d’un navire armé pour la guerre. Détestant se battre lorsqu’il n’y a pas d’or en jeu, les pirates préfèrent semer les corsaires plutôt que de les affronter. Ces adversaires tenaces les poursuivent impitoyablement, attendant patiemment le moindre moment de faiblesse pour lancer l’attaque. Cette menace permanente rend impossible tout carénage et tout approvisionnement. Une rumeur leur apprendra peut-être quelle est la ville qui est à l’origine de leurs ennuis, afin de se venger si les corsaires tardent à remplir leur mission. Les pirates qui possèdent un refuge peuvent s’y cacher le temps que leur poursuivant se lasse et rentre bredouille au port. Les corsaires qui ne parviennent pas à mettre la main sur leur objectif se rabattent parfois sur un autre hors-la-loi assez malchanceux pour avoir croisé leur route.

-Pertes infligées à l’équipage. Les pirates sont particulièrement attachés les uns aux autres. La rage qui s’empare de l’homme d’équipage qui a perdu son matelot au cours d’une bataille peut s’étendre à tout le groupe comme une traînée de poudre. Les pirates se laissent alors aller à tuer, torturer, violer et mutiler pour venger leurs frères, même si les victimes n’ont rien ou pas grand-chose à voir avec leur disparition.

-Traîtrise ou vol de butin. Un équipage floué lors du partage d’un butin ou trahi par d’autres pirates est prêt aux pires exactions pour obtenir réparation. Il poursuit cette vengeance coûte que coûte, quitte à s’aliéner d’autres possibilités d’enrichissement. Une question de principe, en quelque sorte…
LES REPRÉSAILLES

Les pirates usent de moyens essentiellement militaires pour faire payer ceux qui se sont permis de leur nuire. Peu patients et piètres négociateurs, ils sanctionnent une trop longue résistance par un « Pas de quartier ! » tonitruant, rapidement suivi d’un sanglant passage à l’acte. Leur acharnement peut mener une ville à la ruine et pousser des armateurs à déserter certaines routes commerciales. L’esprit de vengeance change parfois les tortures infligées à des fins financières en jeu macabre : ce type d’atrocités, souvent mâtinées de cannibalisme, vise tout particulièrement les nobles, les membres du clergé et les riches bourgeois.

Certains pirates rejettent sur la société tout entière la responsabilité des pertes humaines et des mutilations subies par l’équipage. Pour un pirate pendu, certains exécutent tous les notables d’une ville. Pour chacun de leurs hommes tombé au combat, ils exécutent un ennemi ayant accepté de se rendre. Chaque bras de pirate coupé entraînera une semblable mutilation chez l’adversaire. Cette logique funèbre a engendré les pires atrocités de l’histoire de la piraterie. Tous les pirates y ont recours, bien qu’aucun d’entre eux ne l’applique aussi systématiquement que le redoutable Edward Low.

LE REFUS DE LA TRAHISON

Les trahisons sont rares chez les pirates. Elles ne surviennent que pour des motifs financiers et le plus souvent lors du partage du butin. Une alliance avec un gouverneur n’est considérée comme une trahison que dans la mesure où cette activité nuit directement à un autre pirate. Les pirates trahis ont la dent dure et consacrent souvent le reste de leur vie à obtenir réparation. Les traîtres deviennent des parias de la communauté, sans pour autant subir d’autre sanction que la méfiance générale. Si un équipage ou un pirate trahit plusieurs équipages, il risque d’être chassé par tous les forbans et exterminé en tant que traître à la cause.


Ref: Pavillon noir
Dernière édition: il y a 3 mois 3 jours par psysay.

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